Winnie the Pooh

J'entends beaucoup de betises sur le pétrole en ce moment. Le dernier monceau d'aneries en date est l'interview d'un type du Débit Lyonnais aujourd'hui sur France Info.

Je vous donne le raisonnement correct. Je parle bien du raisonnement et non des conclusions. Raisonnement correct ne veux pas dire conclusions correctes.

Le pétrole est produit, transporté, transformé, stocké et consommé.

Par conséquent si l'OPEP augmente sa production, il y aura certainement un mouvement passager, épidermique, spéculatif, de baisse du brut. Ce mouvement pourra avoir lieu soit avant, en anticipation, soit après l'annonce d'une hausse.

Mais il y a deux goulots d'étranglement structurels, le nombre de tankers et la capacité de raffinage. Ainsi, une annonce de hausse de la production de brut ne veut pas forcément dire une hausse de la production de produit pétroliers (essence, gasoil...).

Comme les quantités disponibles de produits pétroliers ne seront que peu impactées par l'offre de brut, la seule chose qui peut faire baisser les prix c'est une diminution de la demande. C'est à dire un hiver chaud, une récession mondiale ou les deux.

Deux conclusions:

  1. Les produits pétroliers devraient rester fermes par rapport au brut. On peut acheter ce que les pros appellent des "crack spreads". Par exemple le 2:1:1. Long 1 lot d'essence, 1 lot de heating oil et short 2 lots de WTI. Ou acheter le Gasoil/brent spread sur l'IPE de Londres. Long gasoil short brent.
    Le meilleur moment d'acheter le spread est difficile à determiner, mais je peux dire quand ne pas l'acheter. Ne pas acheter quand le brut baisse en anticipation ou constatation d'une hausse de la production de l'OPEP. Ne pas acheter quand le gasoil est en mode "spike", c'est à dire hausse panique, hyperbolique, rapide. Attendre que la "spike" sur le gasoil se calme, acheter quand les prix ont baissé.
  2. Si tout va bien, les prix du gasoil et de l'essence monteront jusqu'à ce qu'ils soient assez haut pour planter l'économie mondiale. C'est-à-dire l'économie américaine. D'où un autre bon trade, quoique plus risqué: long "flat price", c'est-à-dire long brut/essence/gasoil sans etre short ailleurs. Et toujours éviter les achats en spike. Acheter dans le calme, sur replis.

Question 1

otium

sympa.

hier soir sur radio classique les "experts" étaient pas forcément débiles. Néanmoins, ils savaient pas répondre à cette question : la volatilité du prix du pétrole .
J'avoue que je ne comprends pas non plus. Me manquent les bases ;-( 22 usd puis 9 usd à 35 usd, ça fait beaucoup en à peine plus d'un an.

perso j'essaye de regarder ça de manière géopolitique.... mais bon, ce n'est que partiel.
j'en garde l'impression que les USA dirigent, tant que possible, le jeu; Au besoin avec les armes d'ailleurs. Mais que ça ne se passe pas forcément comme prévu.

Pour l'électricité, aux states il y a aussi une infrastructure de réseau radicalement différente. L'approvisionnement pose des problèmes à certains points cruciaux, comme New-York.
Par ailleurs, le marché US me parait bien dérégulé. Y a p'têt' quelque chose que j'ai pas compris concernant l'europe : la dérégulation serait plus avancée qu'il n'y parait ? En tous cas on ne peut pas dire qu'il y ait un marché et un équilibre offre-demande, non ?

Question 2

g envie

Je ne me souviens pas avoir vu un tel "bazar" a moins que le gouvernement de l'époque était plus ......... enfin moins ........... :))) , ô , c'était peut être les patrons qui étaient , comment dire .... complaisants ???
Ce que je crains, c'est que dès le retour à la normale nous oublions tout cela , opacifiant ainsi les conséquences de la crise . Conséquences que nous sommes loin de mesurer l'ampleur.
Ne perdons pas courage, tradons!

Réponse

Winnie

Réponse à g envie

A l'époque, l'ajustement se faisait par l'inflation. Les salaires étaient indexés sur la hausse des prix, les contrats industriels aussi, il y avait peu de contrats du genre "prix ferme pour l'année, et l'an prochain 2% de moins grace aux gains de productivité que vous allez faire".

Or aujourd'hui tant la grande distribution, que l'automobile que l'électro ménager,... imposent ce type de contrat à leurs fournisseurs et prestataires. Résultat, l'ajustement par inflation à court terme est impossible.

Et hop, seule solution, le gouvernement ! Ce qui ne fait que détourner le problème, parce que le fric faudra bien qu'il revienne par ailleurs.... Effectivement, ça va être opaque

En sus de l'ajustement par l'inflation, il y avait bien moins de taxes. Il y a eu des périodes où le cours du baril était plus haut qu'aujourd'hui, mais le prix à la pompe plus bas, car les taxes étaient moindres.

Le gouvernement augmente la TIPP chaque année depuis au moins 1973. Et s'il n'y avait que la TIPP. Il y a la TVA, les charges sociales, l'IS, les 35 heures... Le poids des impots et taxes, c'est-à-dire le poids de l'etat est si lourd en France, que les petites entreprises ne disposent d'aucun ammortisseur pour supporter ne serait-ce qu'une hausse somme toute modeste du prix de l'énergie.

Les gens qui barrent les routes ne le font pas par plaisir. Leurs entreprises sont dans le rouge.

Le prix de l'énergie va monter jusqu'à ce qu'il stoppe la croissance américaine. Mais comme le poids des impots est plus lourd en europe et que les européeens sont moins riches que les américains, l'économie européenne va planter avant l'américaine. D'où un trade évident: achat dollar vente euro.

Le meilleur trade serait de shorter la France, car c'est le pays le moins a meme d'absorber un choc, mais comment faire? Le franc n'existe plus. Les boites que l'on peut vendre à découvert ont pour la plupart des activités à l'étranger qui n'en font pas des "pure play" short France.

Quelqu'un a une idée pour shorter le pays?

j'ai mon trip là dessus, le brent n'est pas rentable à 9$ à 33$ c'est une mine d'or....de là à penser que certaines compagnies exploitant des gisement non rentables on sciemment provoqué une pénurie, allant jusqu'à programmer des arrêts d'installations juste sur la prériode pré hivernale....

Réponse à otium

Par ailleurs, le marché US me parait bien dérégulé. Y a p'têt' quelque chose que j'ai pas compris concernant l'europe : la dérégulation serait plus avancée qu'il n'y parait ?

Non. Je sais où tu as lu ça. "The Economist" ou les Echos. mais ils se plantent. La structure est la meme. Aussi bien aux USA qu'en Europe, il y a des "zones de réglages" et des goulots d'étranglement entre zones appelés points d'interconnection. Par exemple il y a une zone de réglage, la Californie avec un "hub" d'interconnection appelé C.O.B. (California Oregon Border). Nous on a une zone de réglage appelée la France avec un goulot à la Frontière Suisse appelé Laufenburg.

La dérégulation est plus avancée en Europe.

En tous cas on ne peut pas dire qu'il y ait un marché et un équilibre offre-demande, non ?

Si. J'achète de l'électricité spot. J'en achète à un an. J'ai des offres à 3 ans. J'ai des deals sur blocs 1 an avec achat/vente de la différence entre bloc et consommation sur la bourse de Leipzig. Il y a 2 jours, la CRE (équivalent de l'ART pour les telecoms) a fait un communiqué de presse très important: on crée un marché d'ajustement. Cf www.cre.fr.

Le marché est là. Il existe. Il vit.

Réponse à xxx

Ou de la laisser intact pour l'instant, et dealer l'augmentation de la production.
Pourquoi augmenter la production pour vendre moins cher en contre partie ?
Là, je pense pas que les pays producteurs sont betes à ce point ....

  1. Il y a eu un accord il y a environ 50 ans entre Roosevelt et l'Arabie Saoudite. Les USA s'engagaient à assurer la protection de L'Arabie Saoudite en échange de quoi l'Arabie Saoudite garantissait la fourniture en pétrole des USA. L'accord est toujours valable. A ton avis, elle est due à quoi la guerre du golfe en 90?
  2. Les pays producteurs ne sont pas idiots et ont tiré la leçon des 2 précédents chocs pétroliers. Ils savent qu'un prix trop haut est mauvais à long-terme pour les ventes de pétrole: substitution par d'autres sources d'énergie et crise économique entrainant une baisse de la demande.

Exxon ou autres ont des analystes permettant de prevoir les consommations a venir et de définir les cadences de proction. de plus il me semble que leurs raffineries ne tournent pas à plein.

Leurs analystes sont aussi nuls que les analystes financiers pour les actions. Les raffineries tournent à plein.

Sinon des projet de construction seraient en cours.

Une contruction de raffinerie prend des années dans le 1/3 monde. Elle est impossible en occident: enquete publique, DRIRE, écolos, associations de défense des riverains... impossible.

Il est crétin de restreindre le raffinage, puisque ce ne sont pas eux qui stotckent

Ils ne resteignent pas le raffinage volontairement. c'est un problème physique. Les raffineries tournent à fonds. Elles ne peuvent pas produire plus.

A propos des stocks

Le problème des stocks est très amusant. Il est aussi passionnant parce qu'un trader comprenant leurs fondamentaux pouvait gagner une fortune cette année.

Dans l'industrie pétrolière, il y a 2 saisons. La saison de l'essence, l'été quand les gens roulent, et la saison du gasoil, l'hiver où on l'utilise pour se chauffer (le gasoil et le fuel oil domestique c'est pratiquement le meme produit).

D'habitude, l'industrie pétrolière stocke l'essence au printemps en prévision des ventes d'été. Quand les stocks d'essence se vident, elle utilise les meme installations pour stocker du gasoil en automne en prévision des ventes d'hiver.

Au printemps, les stocks d'essence étaient bas en raison d'une loi américaine appelée le "Clean Air Act" ou "Loi sur la pureté de l'air". Cette loi aboutit à une multiplication des qualités d'essence. Au lieu d'avoir 2 types d'essence on en a 4 ou 5. Avant, si on avait 2 tanks de 50000 tonnes, on pouvait stocker 50000 tonnes de la qualité n°1 dans un tank et 50000 tonnes de la qualité n°2 dans l'autre tank. Avec 4 qualités d'essence c'est impossible. On ne peut pas les mélanger dans le meme tank. Donc il n'y a pas assez de tanks pour toutes les qualités, pas assez de stockage.

Stocks bas, demande forte (croissance économique). Les prix de l'essence montent. Tous les stocks sont utilisés pour les différentes qualités d'essence. Les raffineurs ne peuvent pas les utiliser pour commencer à stocker du gasoil. Pas de stocks de gasoil. L'hiver approche. Les stocks de gasoil sont bas. Le gasoil monte.

Tous ça se produit aux USA. Mais si l'essence et le gasoil sont plus chers aux USA qu'en Europe. Alors on gagne de l'argent en achetant les cargo en Europe et en les vendant aux USA. Les stocks européens se vident aussi.

N'est-ce pas fabuleux. Une bonne compréhension des fondamentaux aboutit à des trades géniaux, complétement indépendant des aspects techniques, et prévisibles des mois à l'avance!