Smiro le 14.10.99

un lien bien :
http://www.columbia.edu/~ram15/ie-12.html

J'ai commencé à lire, mais je suis un peu dépassé (notamment par l'anglais pas évident à comprendre...).
J'ai compris que là où les facteurs économiques étaient mobiles, il devrait y avoir une monnaie unique (ou des parités fixes), là où ils ne l'étaient pas, les parités devraient être flottantes.
Si la première condition n'est pas respectée, la fluctuation par les prix suffit, donc la fluctuation des monnaies est inutile, voire nuisible.
Si la seconde condition n'est pas respectée, l'ajustement se réaliser par le chômage ou l'inflation.
C'est juste ? Que dire d'autre de la contribution de cet économiste ?

L'article fondateur de Mundell à l'origine de la théorie des zones monétaires optimales s'interroge sur la définition d'une " région " dans laquelle il serait économiquement cohérent que circule une monnaie commune ou une monnaie unique (c'est-à-dire dans les deux cas un système de changes totalement fixes). Mundell est un partisan des changes flexibles, système qui lui semble préférable aux changes fixes afin d'éviter de coûteux ajustements en cas de déséquilibre externe.

Mais alors que la plupart des défenseurs des changes flexibles raisonnent à partir des situations nationales, il montre que deux régions A et B se trouvant à l'intérieur d'un même État, ou mieux regroupant des parties différentes de deux États (son exemple concerne le Canada et les États-Unis redécoupés en deux parties Est et Ouest du continent nord-américain) peuvent connaître des évolutions divergentes, impliquant un ajustement insatisfaisant en l'absence de taux de change flexible entre les deux ensembles. En imaginant que chaque région soit spécialisée dans la production d'un bien particulier et que se produise une modification de la demande bénéficiant au bien fabriqué par la région A, la région B va connaître le chômage alors que des pressions inflationnistes apparaîtront en A. Ces deux régions se trouvant sous la même autorité monétaire, celle-ci est confrontée au dilemme suivant : ou bien son objectif est de réduire le chômage et elle met en oeuvre une politique monétaire accommodante relançant l'activité dans la région B mais accentuant l'inflation dans la région A, ou bien elle s'attaque à l'inflation en durcissant sa politique monétaire, ce qui profite à la région A mais aggrave la récession et le chômage dans la région B. L'idéal serait que A et B appartiennent à des zones monétaires différentes dans un système de changes flexibles. Par une appréciation du change en A et une dépréciation en B, l'équilibre externe de chaque région serait rétabli, chacune menant la politique monétaire adéquate à sa situation économique.

Il faut cependant préciser les hypothèses du modèle développé par Mundell. Il se place dans un cadre keynésien, caractérisé par des salaires et des prix rigides à la baisse à court terme. Le chômage dans la région où la demande de biens se réduit est provoqué par l'absence d'ajustement par les salaires : ceux-ci ne diminuent pas de manière à compenser la chute de l'activité. Dans un cadre néoclassique de prix flexibles, il en irait différemment : les salaires réels s'ajusteraient (ils baisseraient dans la région B) évitant ainsi une crise de l'activité et de l'emploi.

Le seul élément qui peut remplacer cet ajustement par les salaires dans le cadre keynésien de Mundell est donc la mobilité du travail. Si les salariés de la région B suivent les évolutions de la demande de produits et vont travailler en A où la production augmente, le chômage est évité en B et l'accroissement de l'activité en A ne provoque pas de tensions inflationnistes.

La " région " idéale -la zone monétaire optimale- se définit donc pour Mundell à partir du critère de mobilité du travail. Ce qui doit caractériser une région disposant de la même monnaie, c'est la mobilité du facteur travail à l'intérieur et son immobilité à l'extérieur.

Mundell propose ainsi un redécoupage du monde en fonction du critère de mobilité du travail, afin d'établir des changes flexibles entre zones monétaires optimales. Il n'est cependant pas naïf et concède que la monnaie étant un élément essentiel de la souveraineté, un tel redécoupage est utopique. De plus, les régions répondant au critère de mobilité du travail risquent d'être nombreuses et de petite taille. Or, il existe des arguments économiques allant à l'encontre de la multiplication des monnaies, ceux avancés dès le XIXe siècle par les économistes classiques, dont John Stuart Mill , en faveur d'une monnaie unique mondiale : l'existence de plusieurs monnaies est à l'origine de coûts de transaction, tend à réduire l'efficacité de la monnaie en tant qu'unité de compte aussi bien que moyen d'échange, et si le nombre de monnaies est égal au nombre de biens, la monnaie perd son rôle et ses avantages par rapport au troc. Il y a donc opposition entre deux logiques : celle des coûts de transaction qui pousse à réduire le nombre des monnaies et celle de la stabilisation des économies qui tend à accroître leur nombre.

Pour répondre d'avance à la critique d'irréalisme politique, Mundell proposait d'analyser comme cas concret d'application de sa théorie la Communauté européenne, où les conditions politiques permettaient d'envisager une unification monétaire (et il ne s'est pas planté sur ce pronostic!). Il jugeait la mobilité du travail en Europe insuffisante et faisait de son amélioration un préalable à l'unification monétaire.

Mundell raisonnait dans un cadre keynésien et était partisan des changes flexibles. La plupart des études empiriques récentes se placent quant à elle dans un cadre néoclassique, tout en reprenant les éléments keynésiens de la théorie des zones monétaires optimales, ce qui n'est pas sans entraîner certaines difficultés. En effet, les rigidités nominales sont une hypothèse nécessaire à l'influence du régime de change sur l'ajustement macroéconomique. Dans une approche monétaire de la balance des paiements, comme celle des monétaristes, les variations de taux de change nominal n'ont pas d'effet sur les taux de change réels, les salaires réels et le niveau de l'activité, elles agissent juste sur le niveau général des prix. Dans les modèles néoclassiques, outre le fait que l'ajustement s'opère par la flexibilité des prix et des salaires réels, les anticipations des agents rendent inopérantes les politiques de stabilisation à la suite d'un choc exogène. Seule une hypothèse de non-neutralité de la monnaie à court terme permet de postuler des effets réels de la variation nominale du change.

D'autre part, l'appréciation sur les mérites des changes flexibles a quelque peu évolué depuis la fin du système de Bretton Woods et leur mise en pratique. Dans le modèle de Mundell, la mobilité du capital est considérée comme faible, ce qui est une des hypothèses de l'efficacité de l'ajustement par les variations du change nominal. La faible mobilité du capital permet aux autorités nationales de contrôler la base monétaire et les taux d'intérêt. Ceci était sans doute réaliste à l'époque de Mundell, mais dans le contexte actuel la stérilisation de l'impact des mouvements de capitaux sur la base monétaire n'est plus possible, tant la mobilité du capital est forte. De manière empirique, le passage aux changes flexibles dans les années 70 a provoqué une variabilité accrue des changes réels. On pouvait l'expliquer par l'importance des perturbations économiques mondiales de la période (à commencer par les chocs pétroliers), mais cette instabilité s'est prolongée dans les années 80. Certains économistes avancent comme hypothèse que la plus grande variabilité des changes nominaux dans un système de changes flexibles entraîne de plus fortes fluctuations des changes réels . Les années 80 ont aussi vu l'apparition de théories sur l'action déstabilisante des marchés financiers, à l'origine d'un surcroît de la volatilité des changes. Au total, il semble bien que l'intérêt des changes flexibles pour isoler les conjonctures nationales soit aujourd'hui remis en cause, ce qui tend à minimiser le coût de la perte des taux de changes nationaux dans une union monétaire et à rendre de ce fait moins pertinente l'analyse de Mundell.

Smiro.