J' ai entendu sur Bloomberg, qu' une courbe des taux inversée constitue un
facteur extrêmement baissier. Il s' agit d' une situation inhabituelle, où les
taux d' intérêts à court terme dépassent ceux à long terme.
Quelqu' un peut-il expliciter le raisonnement?
otium le 25.03.00
Courbe des taux inversée = taux courts plus rémunérateurs que taux longs.
Ce qui est apparemment illogique, puisque la rémunération sur un prêt
s'accroit avec le risque qui est d'autant plus grand que le temps de
remboursement est long. Donc les taux ont normalement tendance à se répartir
sur une courbe croissante , linéaire, de jolie forme ( voir les bouquins, en
texte brut ça passe pas... )
Il y a plusieurs courbes de taux. Par exemple, on peut faire une courbe sur
le zéro coupon ( = pas d'intérêts versés, mais un seul remboursement final,
comprenant la rémunération du prêt ), ou à l'inverse avec flux annuels
réinvestis ou non; ou bien une courbe des swaps ( contrats d'échanges de
flux sur taux ). Ce qui peut varier fortement.
Bon, c'est trop compliqué. Mais disons que les différences peuvent être
énormes, en résultat à long terme, selon la courbe utilisée.
Une courbe inversée, naturellement, est amenée à se résorber, parce que un investisseur peut emprunter à long terme ( 10 ans par exemple ) et prêter à court terme ( 3 mois ou 1 an ) l'argent qu'il vient d'emprunter, arbitrage qui lui fait gagner de l'argent doublement.
Si la courbe est inversée ( décroissante ), c'est que cet arbitrage est jugé
non rémunérateur par les investisseurs. Il y a donc un "truc" qui coince !
Lequel ?
bien retenir que : courbe des taux croissante = anticipation de hausse des taux courts / courbe décroissante ( inversée ) = anticipation de baisse des taux courts.
Difficulté : l'anticipation est aussi relative. Elle se fait sur le rapport entre taux courts et taux longs. Pas seulement dans l'absolu. la relation précédente peut aussi se lire avec une anticipation inverse des taux longs rapportée aux taux courts )...
Bon, qu'est-ce qu'on fait de tout ça ??
pas grand chose. Il est relativement impossible de démêler l'ensemble du jeu
des anticipations. Ce serait trop facile !
Il s'agit d'un phénomène forcément ponctuel. Forcément.
Phénomène qui montre une croisée des chemins. Clairement, on est au bout
d'un processus économique et monétaire. Qu'on ne peut pas ne pas relier à
l'hyper inflation des marchés action, qui porte en elle même une gigantesque
création monétaire, non comptabilisée dans les agrégats M3. Mais qui selon
une anticipation qu'on peut déceler va donc être en partie réinjectée dans
la monnaie courante. = donc reflux des capitaux sur marchés actions +
inflation + investissements en taux fixes ( obligations ). Ce phénomène a
été progressivement anticipé, par la FED ( qui il y a 2 / 3 ans surprenait
tout le monde en anticipant l'inflation, eh oui ! ) et par les marchés
hausse des taux ). Et qui maintenant est anticipée comme imminente par les
marchés monétaires et de taux, apparemment. Mais ce n'est qu'une des
hypothèses en concurrence.
Ce plus, à ce stade, c'est à la fois cause et conséquence, et ça
s'auto-entretient. C'est un phénomène disons : réflexif. Bien que
transitoire. Tout le monde sait qu'il ne faut pas lutter contre la tendance
et au contraire qu'il faut l'accompagner... Reste qu'il faut pomper des
lilquidités quelque part... Où ?
Il n'y a pas beaucoup de solutions : dans d'autres monnaies ( donc en clair
= l'EUR ), ou dans les marchés action ( en clair : ponction dans la tirelire
de la population, enfin aux states; chez nous ce serait plutôt
traditionnellement avec l'impôt, comme en 92 - 95 ). Comprenez, qu'il faut
bien que quelqu'un paye. C'est soit tout le monde chez soi, soit les autres
dans la guerre économique.
A ce stade, l'évaluation des investisseurs est claire : l'Europe n'est plus
vulnérable, et la faiblesse de l'EUR est déjà au maximum, et non durable
devant les économies très autarciques ( échanges essentiellement
intérieurs ) et en forte et saine croissance. Le JPY dispose d'un potentiel
de baisse, certes, mais limité par une économie à plat pour 10 ans encore,
et surtout par l'imbrication des prêts-emprunts entre USD et JPY....
compliqué )
Le reste ne compte pas.
Bref, va falloir pomper dans les marchés action US. Justement, ils ont de la
réserve !
Le problème qui se pose est alors de pomper sans faire chuter. Car une chute
évanouit l'argent. Donc maintenir une illusion de croissance, et un niveau
élevé, tout en pompant régulièrement. Très délicat politiquement, car un
phénomène de fuite peut naitre très rapidement, qui entrainerait
immédiatement un effet inverse sur les taux fixes, accélérant le phénomène
jusqu'à l'effet boule de neige. Ce qui serait dévastateur et aurait pour
résultat l'inverse de ce qui était escompté.
Que jouer alors ??
C'est délicat, à l'image des marchés. Dans l'ordre du temps :
Donc première voie : la volatilité sur très court terme. mais pas trop, car
l'objectif des politiques US sera justement de réduire par tous moyens cette
volatilité ( ponction dans un bon ordre - voir les marchés actions en europe
en 91 / 96 = mer d'huile, sauf la hausse des taux qui est intervenue
obligatoirement en 94, accident local mais qui était contenu dans la hausse
des taux courts de 92 avec l'inversion, qui s'est résorbée dans les DEUX
sens,sur le lon et sur le court. )
Donc deuxième voie : la hausse des taux, resserrement violent, inévitable.
Et baisse des actions, puis aplatissement de la volatilité, calme et
morosité.
puis troisième voie : normalisation des taux. Accumulation de réserves sur
actions.
Enfin, après, c'est plus loin, faudra voir...
En tous temps : fuite des capitaux US de chez nous, de chez les asiatiques
et surtout Japon ( c'est en cours, évident ); donc baisse de l'EUR/USD à
court terme ( mais cette faiblesse de l'EUR montre tellement de résistance
qu'il faut prévoir le retournement, absolument ) puis le contraire à Moyen
terme.
Tassement général des marchés action US, voire une baisse lente et
progressive ( scénario 69 / 74 etc... ) pour une ponction régulière. Tenue
correcte, voire haussière des marchés actions européens, après disons un
assainissement et le switch entre capitaux US et capitaux européens qui
doivent prendre le relai ( mais c'est voulu ainsi par les politiques
européens )
Miser eu europe sur les secteurs de croissance, avant tout. Et sur les
titres éligibles à la cote européenne ( purge des titres secondaires
inévitable - une horscotisation des marchés non euro ) Y a plus que 2
marchés : l'indice euro 50 et le NM euro. Le reste = zéro.
Et aussi sur les titres "concentrateurs", ceux qui bouffent les autres, qui
ont enclenché la mécanique automatique de concentration du cash.
Bon, tout ça c'est du général, et pas très fin...
Un scénario se bâtit par le jeu des hypothèses/ erreurs, en allant.
Et perso, j'ai bâti plein de choses basées sur les années 90 en europe, qui
ne se calqueront pas forcément aux USA dans la période à venir.